samedi 3 janvier 2026

Le ramasseur de pierres – Roman édité chez L’Harmattan. Chapitre II.

 

Chapitre II : Humeures vagabondes



Le premier chapitre Tanger d’abord, a pour but de marquer l’espace dans lequel se déroule le roman. Mais ce lieu, cette région particulière du monde — le Détroit de Gibraltar — n’est pas uniquement une faille géologique : il représente aussi une entaille intime, personnelle, au fond de l’âme de Mikaïl.

Le regard ambivalent auquel le personnage ne peut se soustraire, installe le lecteur dans un paysage intermittent, à la fois extérieur et intérieur, étendue et psyché, le préparant ainsi davantage à creuser la lecture qu’à simplement avancer. 

Dans le chapitre Humeurs vagabondes, on découvre l’inactualité du personnage, qui contemple avec étonnement le jeu de la vie sans y être invité. Il  désire habiter  ce dynamisme, ce flux déjà donné aux autres et non à lui. Mikaïl est dans une lucidité impuissante ; il se pense dans une sorte d’antichambre aux murs ajourés, à l’image de la caverne de Platon, où les ombres lui refusent l’accès à la lumière et le maintiennent en suspens, alors que, de l’autre côté, le monde est en acte : il agit, danse, crée, se jette dans le fleuve d’Héraclite en mêlant sa finitude à l’infini.

Le personnage souhaite se joindre au cœur du chœur chantant la mélodie de l’instant ; néanmoins, l’approche lui demeure inaccessible, une forme d’indisposition l’en éloigne et crée, à chaque tentative, un retard à entrer dans la vie. Peut-être Mikaïl n’a-t-il pas encore appris à dire oui à la vie telle qu’elle se présente, avec ses joies et ses défis. Il est encore en quête de réconciliation avec lui-même, cherchant à visiter avec discernement sa mémoire et sa place dans le présent, sa part de liberté au sein de son héritage culturel et cultuel.

En tout cas une blessure a visiblement décentré Mikaïl.

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