Chapitre II : Humeures vagabondes
Le
premier chapitre Tanger d’abord, a pour but de marquer l’espace dans
lequel se déroule le roman. Mais ce lieu, cette région particulière du monde — le
Détroit de Gibraltar — n’est pas uniquement une faille géologique : il représente
aussi une entaille intime, personnelle, au fond de l’âme de Mikaïl.
Le regard ambivalent auquel le personnage ne peut se soustraire, installe le lecteur dans un paysage intermittent, à la fois extérieur et intérieur, étendue et psyché, le préparant ainsi davantage à creuser la lecture qu’à simplement avancer.
Dans le chapitre Humeurs
vagabondes, on découvre l’inactualité du personnage, qui contemple avec
étonnement le jeu de la vie sans y être invité. Il désire habiter ce dynamisme, ce flux déjà donné aux autres
et non à lui. Mikaïl est dans une lucidité impuissante ; il se pense dans
une sorte d’antichambre aux murs ajourés, à l’image de la caverne de Platon, où
les ombres lui refusent l’accès à la lumière et le maintiennent en suspens,
alors que, de l’autre côté, le monde est en acte : il agit, danse, crée,
se jette dans le fleuve d’Héraclite en mêlant sa finitude à l’infini.
Le personnage souhaite se
joindre au cœur du chœur chantant la mélodie de l’instant ; néanmoins, l’approche
lui demeure inaccessible, une forme d’indisposition l’en éloigne et crée, à
chaque tentative, un retard à entrer dans la vie. Peut-être Mikaïl n’a-t-il pas
encore appris à dire oui à la vie telle qu’elle se présente, avec ses joies et
ses défis. Il est encore en quête de réconciliation avec lui-même, cherchant à
visiter avec discernement sa mémoire et sa place dans le présent, sa part de
liberté au sein de son héritage culturel et cultuel.
En tout cas une blessure a visiblement décentré Mikaïl.

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